
non daté [1962-1963], ex. unique.
– 26 p. ; 24 x 19 x 6 cm ; (M’) – album photo, 13 clichés ; texte autographe, «aux petits points», lettres capitales, sur canson noir.
– couv. velour rouge ; 11 planches, carton fort ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 069 23.
Détails
Album photo de 11 planches de carton fort, ajourées de part en part (1 ou 2 fenêtres par page) ; photographies de famille (portraits fin XIXe siècle).
Couverture velour rouge très abîmée ; fermoir métallique endommagé ; deux écoinçons métaliques en relief, un ornement central métallique à motifs floraux ; gardes en carton fin, noir, motifs étoiles argentées ; tranches dorées.
13 photographies XIXe siècle, portraits de mariage, de soldats, d’un enfant et de femmes ; format cabinet ou carte de visite ; dans une fenêtre format cabinet, un feuillet de canson noir sur lequel sont collées deux photos, l’une est un portrait de femme, l’autre une photo délavée, tâchée de rouge ; certaines fenêtre au cadre déchiré, recollées à même les photographies (indication de manipulations nombreuses).
Textes autographes aux petits points, blanc sur noir, en capitales, dans les encadrements sur feuillets découpés au format de la fenêtre, Canson noir granuleux.
Notations autographes à la mine de graphite sous les photographies ou feuillets (non visible sauf à retirer les photographies et feuillets).
Cet album explore la problématique du manque, en particulier l’arrachement du soldat à son mariage, pris par la guerre. Au fur et à mesure de son avancée, l’album propose le passage des photographies de mariage, aux photographies de soldats, pour finir sur un collage où une photographie de femme est jouxtée à un tirage délavé, comme tâché de sang. Une narration photographique permet donc d’éclairer les non-dits d’un texte volontairement elliptique sur le sujet de la perte.




Transcriptions
Transcription des textes visibles, aux petits points :
«L’HUMOUR / MANQUÉ /// MANQUÉ /// COMME L’ACTE /// ÉCLATE /// DE RIRE SOURD»
Transcription complète avec numéro de pages, à partir du début des pages en carton fort :
(en gras = texte visible; barré = texte raturé) :
«SUR / LA VOIE / LACTÉE [1] /// L’ACTE [2] /// ,,T’’ [3] /// L’HUMOUR / MANQUÉ [4] /// MANQUE [8] /// COMME L’ACTE [8] /// ÉCLATE [12] /// ON PORTE LA CROIX-SANS-TÊTE / NI ,,É” CROIX (SANS ,,T”) / (,,ET’’ NIÉ) / (DONC NI ,,É’’) [13] /// DE RIRE SOURD [15] /// SANS OMBRE [16]/// NI PROIE [16] /// L’HOMME-ROI / NIÉE [18] /// NIÉ / L’HOMME-ROI [18]»
Références
Les références portent ici sur les sections cachées du texte, lesquelles renvoient à des textes connus, ou du moins à certains traits de textes connus.
«SANS OMBRE /// NI PROIE» [p. 16] > jeu autour du titre du recueil La Proie s’ombre (José Corti, 1991). «Lâcher la proie pour l’ombre» est une locution récurrente dans l’œuvre de Ghérasim Luca. Référence que l’on trouve également dans les Sept Slogans ontophoniques (José Corti, 2008), p. 53 : «La proie s’ombre. / Ni ombre ni proie. / Mot-clef pour porte-parole.»
«SUR / LA VOIE / LACTÉE» [p. 1] > titre d’une section de Héros-limite (éd. Le Soleil Noir, 1953), «La voie lactée», p. 33.
«ON PORTE LA CROIX-SANS-TÊTE / NI ,,É” CROIX (SANS ,,T”) / (,,ET’’ NIÉ) / (DONC NI ,,É’’)» [p. 13] > renvoie, comme de nombreux albums, à un passage récurrent des Paralipomènes (éd. Le Soleil Noir, 1976), p. 85, 86, 87, 88 : «La supérieure virgule ( ’ ) / Le supérieur inconnu ( ) / en « tête à tête » / sans « t » ni « é » / à santée niée».
Particularités
Ce texte présente de nombreux textes à la mine de graphite cachés derrière les encarts noirs ou les photographies. Il est fréquent que des premières notations, souvent à la mine de graphite, se trouvent soit directement sur les feuilles qui séparent un côté et l’autre d’un ajournement, soit au dos des encarts manuscrits, soit au dos des photographies. Il peut s’agir de repères ou de traces de tentatives précédentes, mais également de parties délibérément dissimulées, enjoignant à un jeu d’interaction où les détails du dispositif s’ouvrent aux curieux. En atteste, pour cet album, la continuité entre les notations dissimulées qui répètent la partie de texte qui les cachent et les éléments cachés qui offrent une extension du texte. En outre, le rapport thématique à la surdité et à l’acte manqué ainsi que la proximité chronologique avec d’autres textes jouant de ces dissimulations font pencher vers l’hypothèse d’un dispositif pensé en ce sens.

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