LE DÉ PART (vol. 1) – Ghérasim Luca

non daté [1962-1963], ex. unique.
– 46 p. ; 28 x 22 x 4,5 cm ; (D) – album de gravures ; texte autographe, lettres capitales, mine de graphite sur papier fin beige.
– couv. velour bordeaux ; 12 planches, carton fort ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, don de Micheline Catti ; inv. n° 058 23.

Détails

Album de gravures (thème marin), de 12 planches de carton fort ajouré de part en part (1 ou 4 fenêtres par page, format carte de visite ou cabinet).

Couverture de velour bordeaux ; fermoir métallique cassé ; fenêtres encadrées de dorures ; en première page, texte imprimé, découpé et collé sous la fenêtre, extrait de roman d’aventure ; gravures extraites de romans d’aventure illustrés (légendes diverses, parfois texte d’origine imprimé au dos), découpées et insérées dans les ajours, style XIXe siècle.

Textes autographes à la mine de graphite, en lettres capitales, sur papier fin, beige, inséré dans les ajours.

Ghérasim Luca réemploie plusieurs sources pour mêler ensemble les illustrations de divers romans de voyage, le support de l’album photo, et sa reprise désordonnée d’un fragment de texte. Au sein de l’album se joue ainsi un double élan vers l’exotisme, l’un par le récit de voyage, l’autre par l’emmêlement de ce récit premier à travers le mélange d’images et le recours au poème.

Transcription

«Vol. 1 LE DÉ-PART /// [texte imprimé collé :] Enfin nous voilà lancés, et le dernier lien qui nous retenait au rivage est brisé sans retour. Mais non, des signaux d’adieu et des hourras nous arrivent des officiers et de l’équipage du Fantôme. Plus loin encore, au sommet d’un petit phare, à l’entrée de l’étroite passe du récif, d’autres amis agitent leurs mouchoirs et nous envoient de nouveaux adieux. Ils étaient venus là en canot, bien décidés à nous donner le véritable dernier adieu; jusqu’au crépuscule, nous pûmes apercevoir leurs signaux et entendre leurs voix, portés sur la brise du soir, tandis que nous passions lentement à travers les canaux tortueux pour gagner la haute mer. /// [mine de graphite dans les ajours :] LE DÉ PART / LENTEMENT / À TRAVERS / LES CANAUX TORTUEUX /// POUR / GAGNER / LA HAUTE MER /// ET / L’ART RIVÉ /// AU SOMMET / D’UN PETIT PHARE /// ET / PLUS LOIN ENCORE / QUE L’ARRIVÉE /// À L’ENTRÉE / DE L’ÉTROITE PASSE DU / RÉCIF /// ET / LE DÉPART /// L’ÉQUIPAGE / DU / FANTÔME / SANS RETOUR»

Remarques

Deux des images font l’objet de superpositions. La première ajoute un navire découpé sur un paysage de marais, la seconde un bateau sur une mer déchaînée, à l’envers, par-dessus une scène médiévale.

Particularités

Seul album comprenant des gravures de romans de voyage illustrés.

APOSTROPHE D’ÊTRE – Ghérasim Luca

non daté [1962-1963], ex. unique.
– 32 p. ; 30 x 24 x 6 cm ; (j’) – album de gravures ; texte autographe, lettres capitales, mine de graphite sur papier fin beige.
– couv. cuir frappé marron ; 14 planches, carton fort ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, don de Micheline Catti ; inv. n° 059 23.

Détails

Album photo de 14 planches de carton fort ajouré de part en part (1 à 4 fenêtres).

Couverture de cuir frappé marron, forts reliefs (blason et motifs floraux sur le premier plat, monogramme sur le dernier plat, dos nervuré et motifs floraux), cabochons métalliques ; fermoir en métal cassé ; dorures sur l’intérieur des chasses, sur les tranches, et sur l’encadrement des pages et des fenêtres.

31 photographies XIXe (photographies de famille, portraits)

textes autographes, «aux petits points», à l’encre blanche sur 36 feuilles de canson noir (texturé et vergeurs verticaux, découpés format cabinet ou carte de visite), insérés dans les ajours, dont 27 vierges.

Cet album fait partie des textes brefs qui s’approchent des sémaphorismes que réalisait Ghérasim Luca dans les années 1960 (Sept slogans ontophoniques, Brunidor, 1964). La quatrième de couverture de l’édition de 2008 des Sept slogans ontophoniques (José Corti) nous renseigne sur le projet de l’auteur : «ces slogans, proclamations et autres “sémaphorismes” constituent autant d’interpellations énigmatiques, de formules paradoxales et humoristiques qui appellent à une libération totale et à l’avènement d’un monde non-oedipien.»

Transcription

«APOSTROPHE D’ÊTRE // POISSON SANS POIDS NI SON / DANS L’EAU SANS VOYELLES /// SUR LES PHOTOS / (ONTOPHOTOPHONES) / 1900 /// LA «TÊTE» / SANS «T» NI «É» / DES «MORTS» / SANS TÊTE / NI JAMBES /// ET LA MORT / DE LA TÊTE /// S’ENJAMBENT /// A SANTÉ NIÉE»

Références

«Apostroph’ apocalypse», Paralipomènes (Le Soleil Noir, 1976), p. 71 : «Oedipe-Sphinx / en « tête à tête » / sans « t » ni « é » / à santée niée […] Or le zeugma de l’énigme / c’est l’apocope vécue // l’« eau » sans voyelles / en quête sans-cible».

«Comment s’en sortir sans sortir», Paralipomènes, p. 83 : «On s’en sort par lapsus linguae / par lapsus vitae // par lapsus linguae / par lapsus vitae, on s’en sort // Et, sans sort, essenc’ « or » des sens a-légers // Poisson sans poids ni son / dans l’eau sans voyelles».

«Paralipomènes», Paralipomènes p. 85, 86, 87, 88 x4 : «La supérieure virgule ( ’ ) / Le supérieur inconnu ( ) / en « tête à tête » / sans « t » ni « é » / à santée niée».

«EN / «TÊTE À TÊTE» /// SANS «T» NI «É» // À SANTÉ NIÉE» est une notation récurrente dans les albums, qu’on retrouve dans L’OBJET DU REFUS, TIR À L’ARC-ENFER et L’ANGE «JE».

Remarques

Sur la même période, paraît une version d’Apostroph’ Apocalypse, avec quatorze eaux-fortes de Wifredo Lam, (Milan, Giorgio Upiglio, Grafica Uno, 1967). Le site de la bibliothèque du Trinity College de Cambridge nous permet de préciser encore la temporalité de ces textes qui, s’ils ne paraissent en livre d’artiste qu’en 1967, puis en édition courante en 1976, sont en projet depuis le début des années 1960, mais retardés dans leur réalisation par la crise des missiles de 1962, qui ne permet pas au peintre cubain de rejoindre Milan avec son homologue.

INDICIBLE INDICE CIBLE – Ghérasim Luca

Paris, 15 mars 1963, ex. unique.
– 54 p. ; 15,5 x 13 x 7,5 cm ; (18’) – album photo ; texte autographe, mine de graphite sur canson crème.
– couv. bois sculpté et cuir ; 25 planches, carton fort ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 073 23.

Détails

Album photo de 25 planches de carton fort, ajourées de part en part (1 fenêtre par page, cadre gaufré).

Couverture bois sculpté, motif floral sur la première de couverture, dos cuir, tranches dorées ; gardes de papier fort blanc moiré et strié.

Photographies fin XIXe diverses (architecture, paysages, statuaire, portraits) dont certaines portant des dessins, notamment un dessin «aux petits points» ; portrait format carte de visite dans une enveloppe papier intercalée entre la dernière page et la garde.

Textes autographes à la mine de graphite, quelques lettres calligraphiées «aux petits points», sur feuillets de canson crème découpés et insérés dans les ajours.

INDICIBLE INDICE CIBLE procède de la déclaration d’amour masquée. Par dissolution lexicale et association, Ghérasim Luca trace un chemin du «SAVOIR» vers le domaine du sensoriel, «VOIR», «[J]OUIR». Les «TOTEMS PHALLIQUES / DE LA FÉMINITÉ» lui font poser «M» – ou «MICHELINE / (L’ILLUMINATRICE)» (ONTOPHONIE PHOTOPHONIQUE) – comme Vierge, dont cet album restitue les «AUBES-JET».

Transcription

(le S et le A soulignés sont écrits aux petits points)

«INDICIBLE // INDICE CIBLE /// ,,SAVOIR’’ / (SANS TÊTE) /// [fenêtre vide] /// INDICE PENSABLE /// ,,’AVOIR’’ / (DÉCAPITÉ) /// INDICE / CERNABLE /// ’VOIR, / ’OUIR. / (A, J) /// INDICE /// SOLUBLE /// ’OUI’ /// NON /// TOTEMS / PHALLIQUES /// [statue de la vierge au sommet de la chapelle Saint-Thomas (Lyon), couverte d’un dessin aux points, à l’encre noir épais] /// DE LA FÉMINITÉ /// [légère touches noires à l’arrière de la coiffe d’un portrait de femme] /// NON-COUPÉE [au dos d’une photographie] /// ILLUMINIMACULÉE /// LES / AUBES-JET / DE / M // À PARIS LE 15 MARS 63 /// [enveloppe]»

Références

Le principe de la photographie dans une enveloppe en fin d’ouvrage fait écho à l’album LE SERF-PAN SIFFLE, où le procédé est justifié comme suit : «COMME ONDE “I” // CETTE PHOTO FIGURE EN HORS-PHOTO / COMME ON DIT HORS-TEXTE».

Le «M», récurrent dans les albums, est un indice pointé vers Micheline Catti. On trouve également une proximité entre l’«ILLUMINIMACULÉE» et la qualification de sa compagne dans l’album ONTOPHONIES PHOTOPHONIQUES : «ENLUMINÉ / PAR / MICHELINE / (L’ILLUMINATRICE)».

On peut noter une proximité entre cet album et une des sentences des Sept Slogans ontophoniques (José Corti, 2008), p. 57 : «SI L’INDICE SEMBLE ÊTRE L’INDICIBLE / LA CIBLE / PERÇONS ENSEMBLE L’IMPERCEPTIBLE / PERSONNE».

Remarques

La pastille collée en première garde nous montre que cet album est le n°18’. Il suit LE TRAVAIL POÉTIQUE, n°17’. Une continuité s’installe entre ces deux albums : le premier discute la destination du poème à l’aimée – «LE TRAVAIL POÉTIQUE / ÉTANT DESTINÉ À L’AIMÉE» –, le second réalise cette déclaration.

Particularités

L’album comporte un ajournement vide, laissant une ouverture de part en part. Procédé similaire dans l’album «À» et TIR À L’ARCANE MAJEUR.

Organisation des photographies

Neuf photographies d’architecture et de paysages.

Quatre photographies d’hommes.

Une photographie de mariés, une photographie de deux enfants.

Cinq photographies d’architecture, dont la statue de la vierge au sommet de la chapelle Saint-Thomas (Lyon) avec dessin « aux petits points ».

Six photographies de femmes, et une photographie d’acrobate (figure typique du poète-opérateur en action chez Ghérasim Luca).

Deux photographies d’architecture.

Une photographie de jeune femme en «hors-photo», dans une enveloppe en fin d’album.