Point de lit-tige – Ghérasim Luca

Septembre 1973, ex. unique.
– 100 p. ; 20 x 16 x 6 cm ; (ø) – album de cartes postales ; cases de comics érotique découpées ; texte autographe, écriture cursive, mine de graphite sur papier ivoire.
– couv. deux cuirs bordeaux ; 50 planches, papier fort gris avec encoches.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 096 23.

Détails

Album de cartes postales de 50 planches de papier fort gris, deux encoches à chaque coin.

Couverture deux cuirs, grain fin (mors et coins premier plat, mors deuxième plat) et cuir épais, bordeaux, pour le reste des plats, bon état ; inscription dorée «cartes postales» sur le premier plat ; présence irrégulière d’octogones noirs, collés au coin supérieur droit de certaines pages, dont un des coins est plastifié.

Textes autographes à la mine de graphite sur papier ivoire de grammage moyen, 14 x 9 cm, écriture cursive, feuillets insérés dans les encoches.

Vignettes de comics extraites de Bikini Cat, «Du sang sur la mer», Paris, Ed. de Poche, 13 x 18 cm, 128 pages, n°5, août 1972 (noir et blanc, érotique/science-fiction, vignettes découpées au format 12,8 x 9 cm, toujours un bord déchiré grossièrement, et insérées dans deux encoches sur quatre, par-dessus les feuillets manuscrits, soulevables pour lire le texte).

Présence irrégulière de feuillets de Canson Montgolfier-Canson (Davézieux et Annonay), noir, texturé et filigrané, insérées dans les ajours, sans inscriptions, marquant des coupures dans l’album.

Daté et localisé à la mine de graphite sur les deux contreplats.

Daté aux deux contreplats, cachant les textes sous les vignettes, mélangeant la trame du comics comme celle des textes originaux, tout l’album point du lit-tige est fait pour contredire les habitudes de lecture, mêler des rythmes et marier des espaces distincts.

Transcription

(numéros de pages entre parenthèses ; notation « [] » quand un carré noir est collé dans un des angles)

«[sur le premier contre-plat :] Paris, septembre 1973 /// point de lit-tige (1) [non couvert] /// lit vrai / cause de grands ravages (2) /// lit-dé (3) /// lit légale / contraire à la loi / lit moral / contraire à la morale (4) [] /// commun dans les marais / lit-vie / tirant sur le noir / lit-vide (5) [non couvert] /// lit muable / n’est point sujet à changer / lit mortel / n’est point sujet à la mort (6) /// lit-monde / sale et impur (7) /// point de / lit-tige (8) /// lit réel / n’est pas réel / lit réalisable / n’est pas réalisable (9) /// [page vide, non couverte] /// Personne à qui pouvoir dire que je n’ai rien à dire (11) [non couvert] /// et que le rien que je me dis continuellement (12) /// je me le dis comme si je ne me disais rien (13) /// comme si personne ne me disait (14) /// même pas moi (15) [] /// lit respirable / lit responsable / lit mobile (16) [non couvert] /// lit-lit mi-table (17) /// que je n’ai rien à dire (18) /// qui est une façon de dire que je ne fais rien (19) /// une façon de ne rien faire et de dire ce que je fais (20) /// Personne à qui pouvoir dire / que je ne fais rien (21) /// personne à qui pouvoir dire que je n’ai rien à faire (22) /// c’est à dire rien (23) /// même pas à moi (24) /// étaient comme aveuglés / par des larmes secrètes et des gémissements / saccadés sortaient de leurs orbites (25) /// Quant au long regard (26) [] /// subissent un traitement plus doux (27) [] /// boisson acide / substance simple : / lit-monade (28) [] [non couvert] /// et / lit-mage (29) [] [non couvert] /// il n’arrive presque jamais à pénétrer / dans l’œil de l’idée (30) /// il n’y a d’ailleurs rien / pour l’y attirer (31) /// eux qui normalement se laissaient fascinér / toute de suite (32) /// ce qui vaut mieux (33) /// que d’être retenu à vie (34) /// seuls le voyageurs à courte vue (35) /// au bout d’une demi-heure (36) /// et on les laissent se retirer (37) /// en dépit des choses plutôt rudes à l’entrée (38) [non couvert] /// C’est l’acte de cesser de regarder / qui déclanche le mécanisme de la libération (39) [non couvert] /// et s’il se produit le moindre contre-temps / l’œil de l’idée ne s’ouvrira plus (40) /// mais les voyoux ne procèdent pas toujours / progressivement (41) /// mais il dégageait une lueur masquée (42) /// Son œil était privé de lumière (43) /// On trouve pour certains un exemple / de long emprisonnement (44) /// [page vide, canson noir] /// qui attirait (46) /// L’idée que j’ai vu était ainsi (47) /// Ils ont pour ce faire / à descendre le long du clignotement / par les deux cercles de rides raides / qui poussent inclinés vers le bas (48) [] /// Les regards peuvent passer en pressant / contre les extrêmités plus flexibles / mais il leur est impossible de revenir en arrière . car ces extrêmités ne sont inclinées que d’un côté (49) [] /// On comprendra que ce soit là un exemple / extrême, à perte de vue [non recouvert] /// et tandis que pris de panique / ils font des efforts pour sortir [deux comics insérés} [] /// Ils se trouvent alors dans une petite chambre / au milieu de la vision même (52) /// ils se couvrent d’images (53) /// [double page vide, Canson noir] [] [] /// Etant donné que la barrière en haut / ne peut être franchie / il leur faut descendre / à travers la seconde zone de cils / disposé de la même façon que la première (56) [] /// à l’intérieur de l’idée (57) /// [double page Canson noir, case de couteau lancé] /// Il n’y avait pas beaucoup d’espace (60) [] /// le seul moyen d’y parvenir / étant de n’y plus penser (61) [] /// C’est sans doute la raison pour laquelle / j’ai pu voir mon regard ramper / dans toutes les directions à la fois (62) [] /// Il fait plus clair au sommet / là où les extrêmités des paupières / sont repliées sur elles-mêmes (63) [] /// À peine aspiré au fond de l’œil / mon regard entreprit de se frayer / un chemin vers le haut (64) /// obstruant encore plus la lourde trappe mentale (65) /// entrainant le regard du penseur (66) /// le font se retirer à l’intérieur / comme mû par un ressort (67) /// ou un minuscule battement de cœur (68) /// Même le souffle d’une pensée (69) /// L’irritabilité en fut extrême (70) /// On ne s’attendait certes pas / mais c’est pourtant à cet endroit / que s’est posé naturellement mon regard / car il n’y a pas d’autre voie pour y pénétrer (71) /// L’acte de regarder s’accomplit à l’intérieur / de manière fugitive et constante (72) [] /// et lorsqu’il s’accomplit / ne fait que s’avancer entre les fourchettes (73) [] /// Il semble également en veilleuse / car il ne s’ouvre que rarement (74) [] /// Ainsi tout l’œil de l’idée se présente / dans la position inverse du regard (75) [] /// La prunelle enchapuchonnée s’appuie sur elles (76) /// C’étaient les extrêmités effilées de celle-ci / que j’avais pris pour les antennes / d’une sauterelle (77) [] /// de manière à former comme une fourchette / dressée en l’air (78) [] /// Deux paupières latérales sont réunies / sur la moitié de leur longueur (79) /// en sorte qu’elle se trouve tout contre / la paupière supérieure / et lui est partiellement accolée (80) [] /// est inclinée en arrière, à la base, (81) [] /// la paupière du milieu, car elle en a plusieurs, [non couvert] [] /// [page vide] [] /// Elles ne sont pas égarantes, au contraire, (84) /// et reconnus comme une de ces idées à capuchon vert / qui prennent les hommes au dépourvu (85) /// Je me penchais, alors, (86) /// mais à cause de ses yeux longs et minces / que j’ai pris pour des antennes de sauterelle (87) /// d’une indistinction certaine (88) /// [page vide, canson noir] [] /// [double page vide, Canson noir] /// non pas pour la beauté de sa démarche (92) /// Une d’entre elles attira notamment mon attention (93) /// Je faillis ne pas les apercevoir / tant elles étaient creuses au milieu d’oublis / et de vertiges sans nom (94) /// au vol de mes distractions (95) /// qu’il eût été dommage de ne pas saisir (96) /// plane un petit nombre d’idées / très particulières (97) /// à une altitude de nul pied (98) /// et, tout en grimpant, est enduit / d’un fluide léger que ses mouvements / secrètent abondamment (99) /// [page vide] /// [sur le dernier contreplat :] Paris, septembre 73»

Références

«LIT IVRE», Paralipomènes (éd, Le Soleil Noir, 1976, p. 41) mêmes phrases mais dans le désordre et parfois répétées.

«LES CRIS VAINS», Paralipomènes (p. 33), même texte sauf passage de la première du singulier (dans la présente version) à la première du pluriel (dans les édition du Soleil Noir) : intéressant de voir que dans la version de «LES CRIS VAINS» restituée dans l’album éponyme (1960-1963), le texte est le même que dans la version du Soleil Noir (1977), publiée après l’écriture de la présente version du texte (1973).

Le texte «DROIT DE REGARD SUR LES IDÉES», Paralipomènes (p. 9-18) habille la majorité des pages de l’album : p. 30 à 99, mais dans le désordre, parfois par petites suites, dans le sens de la lecture ou dans le sens inverse. Quelques éléments de distinctions sont à noter par rapport au texte publié au Soleil Noir.

Organisation et description des vignettes de comics

Les scènes découpées de comics alternent entre scènes érotiques/amoureuses (harem, scènes d’amour, intrigue autour d’un mariage) et violences (bondage, viol, agression, suicide), voire mêlent les deux : à la mesure de l’échange entre les textes, eux-mêmes découpés, réinstallés hors de toute logique.

Seule logique apparente : celle des vignettes mentionnant la réalisation du mariage (correspond à certaines thématiques chez Ghérasim Luca, autour de la question de la bague, de l’anneau, et du mariage des états de la matière dans le corps sensible).

La bande-dessinée est sûrement Bikini cat, n° 5, Du sang sur la mer, Ed. Poche, 130 x 180 mm, 128 pages, août 1972, en vente pour 2,00F.

SOURDS – Ghérasim Luca

non daté [1962-1963], ex. unique.
– 48 p. ; 27 x 20 x 5 cm ; (L’) – album photo, 69 clichés ; texte autographe, lettres capitales, mine de graphite sur l’album.
– couv. skyvex bordeaux frappé ; 22 planches, carton fort blanc ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 091 23.

Détails

Album photo Kodak (ca. 1900-1920) de 22 planches de carton fort blanc, ajourées de part en part (2 fenêtres format carte de visite par page, orientation paysage).

Couverture skyvex bordeaux frappé, dorure «Kodak Souvenirs» sur le premier plat, très bon état ; gardes en carton rigide, doublé d’un papier blanc, trames verticales en relief ; tranches dorées.

68 photographies de formats très divers, entre carte de visite (11 x 8 cm) et 8,7 x 6 cm. Jouant sur le rapport de remplissage des ajours par les tirages, certains ajours orientés en paysage sont comblés par deux photographies orientées en portrait ; divers portraits et situations (principalement femmes, plain-pied, debout ou assises, mais aussi jeunes hommes, hommes, et couple ; fin du premier tiers, double page de départ d’un monoplan sur la plage de Dinard, ca. 1900 ; dernière double page, photographies surexposées d’une sortie de grotte).

Encart publicitaire d’appareil contre la surdité, découpé dans un magazine, ca. 1930, glissé dans un ajour en début d’album.

Textes autographes à la mine de graphite, lettres capitales, sur le fond beige et texturé de l’album à l’endroit des 19 ajours laissés vides ou laissés partiellement visibles par des photos de petit format.

Comme dans les Sept slogans ontophoniques (José Corti, 2008), où Ghérasim Luca détourne le slogan publicitaire ou politique pour moquer son intention et canaliser contre le langage son énergie, c’est ici une publicité burlesque qui vient interroger les domaines du sensible. Pour Ghérasim Luca, retourner le slogan c’est le prendre à contre-solution : opposer son évidence à sa subtilité, ouvrir la boucle sur laquelle il aurait dû se fermer.

Transcription

«[encart découpé : «SOURDS / Entendre… c’est bien / Comprendre… c’est mieux / Voilà ce que vous offre le SPECIALISTE DE L’INVISIBLE / Renseignements et Notice gratuite / C.A.F., 5, rue Tronchet, Paris, 8e / (Communiqué)»] /// SI L’ON SE LIVRE /// [encart vide] /// À DES VOIES DE FAIT /// ON TOMBE /// SOUS LE COUP /// DE LA LOI /// [deux ajours vides] /// « ENTENDRE» /// SI L’,,EN‘‘ SE LIVRE /// À DES VOIX DE FAIT /// ,,TENDRE‘‘ TOMBE /// [deux ajours vides] /// SOUS LE COUP DE LA LOI /// SILENCE /// LIVRE À DÉS /// [abondance de photos petit format insérées par deux dans les ajours] /// VOIT DE FAIT /// TENDRE TOMBE /// [deux ajours vides] /// SOUS LE COUDE /// L’ALOI /// [ajour vide] /// [double page de photos petit format glissées dans le coin bas-droit de l’ajour] /// [deux ajours vides] /// ENTENDRE… C’EST MAL [reprend l’encart pub] /// [deux ajours vides] /// COMPRENDRE… C’EST PIRE /// VOILÀ / (AVEUX SANS ACCENT GRAVE) / CE QUE VOUS / OFFRE /// LE SPÉCIALISTE DE L’INAUDIBLE /// [photos de sorties de grotte] /// AVEUGLES»

VIETNAM DE CHIEN – Ghérasim Luca

Manarola-Paris, 1963-1964, ex. unique.
– 24 p. ; 23 x 22 x 4 cm ; (T) – album photo ; variations «cubomaniaques» sur des reproductions de tableaux ; texte dactylographié, rouge et noir, sur lamelles collées d’Ingres d’Arches.
– couv. pleine percaline prune ; 12 planches, carton contrecollé vert d’eau ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 093 23.

Détails

Album photo «Kodak “Artista”», de 12 planches de carton contrecollé, vert d’eau sombre, ajourées de part et d’autre (4 ajours de 5,5 x 5,5 cm par page, encadrement blanc, fin, en relief).

Couverture pleine percaline prune, tranches des plats biseautées, reliure muette, très bon état.

Variations «cubomaniaques» sur des reproductions de tableaux de maîtres diverses (Van Eyck, Bellini, Cranach l’Ancien, Carpaccio, Pisanello, Dürer, Ghirlandaio) et imprimées en couleur sur papier fin, glacé, insérées dans les ajours.

Textes dactylographiés en lettres capitales sur des lamelles fines (9 x 197 mm) d’Ingres d’Arches (vergé filigrané), collées en haut ou en bas des planches (titre en rouge, sur le bord supérieur, corps du texte en noir, sur le bord inférieur, sauf un dans la double page centrale, sur le bord supérieur).

Sur la dernière page, quatre carrés de papier blanc dans les ajours, daté et localisé dans l’ajour inférieur droit.

Une clé de lecture de l’œuvre de Ghérasim Luca pourrait être qu’il impose toujours un environnement «entre chien et loup» – une recherche de l’ombre où, comme dans L’Extrême-occidentale (éd. Meyer, 1961), le contour de silhouettes dansant derrière un drap révèle de nouveaux enjeux de leur présence. Sans effacer la particularité du tableau comme de l’agent gouvernemental, leur réagencement dans l’image et dans la langue implique une reconfiguration profonde de leurs rapports. En découle une approche rafraîchie, où des continuités s’installent à la fois entre belligérants d’un conflit et fragments d’œuvres variées.

Transcription

«VIETNAM DE CHIEN /// INCITES PAR LES SERVICES SPECIAUX AMERICAINS /// EXCITES PAR LA VIEILLE DIPLOMATIE FRANÇAISE /// ENTRE CHIEN ET LOUP /// BONZES BRULES ET MADAME NHU /// ENTRE LA CHINE ET LA RUSSIE /// LE COMMUNISTE-DU-NORD /// LE COMMUNISTE-DU-NORD S’ASSOCIE /// ENTRE CHIEN ET LOUP /// A SON SOSIE /// LE CAPITALISTE-DU-SUD /// [double page centrale – seul segment du corps du texte à être collé sur le bord haut :] ENTRE LA CHINE ET LA RUSSIE LES SERVICES SPECIAUX /// ENTRE LE COMMUNISTE-DU-NORD ET LE CAPITALISTE-DU-SUD /// LA VIEILLE DIPLOMATIE FRANCAISE /// LE COMMUNISTE-DU-NORD /// ENTRE CHIEN ET LOUP /// ENTRE LE CAPITALISTE-DU-SUD ET LE COMMUNISTE-DU-NORD /// LES SERVICES SPECIAUX /// LES SERVICES SPECIAUX /// ENTRE CHIEN ET LOUP /// LA VIEILLE DIPLOMATIE FRANÇAISE S’ASSOCIE ENTRE CHIEN ET LOUP /// LES SERVICES SPECIAUX SON SOSIE /// ENTRE CHIEN ET LOUP /// LE COMMUNISTE-DU-SUD ET LE CAPITALISTE-DU-NORD /// Manarola-Paris / 1963-1964»

Références

«BONZE BRULES» : évènement du 11 juin 1963.

«MADAME NHU» : ancienne première dame du sud Vietnam.

Liste non-exhaustive des tableaux utilisés pour les cubomanies

pp. 2, 5, 12, 20 (cases sup), 22, Giovanni Bellini, «Portrait du doge Leonardo Loredan», 1501, National Gallery, Londres.

pp. 3 et 13 Lucas Cranach l’Ancien, «Vénus debout dans un paysage», 1529, Musée du Louvre, Paris.

pp. 4, 9, 11 Vittore Carpaccio, «Deux dames vénitiennes», ca. 1490, Musée Correr, Venise.

pp. 15, 18 (cases sup), 20 (cases inf) 21 Jan van Eyck, «Les époux Arnolfini», 1434, National Gallery, Londres.

pp. 1, 6, 23, Pisanello, «Portrait d’une princesse d’Este», 1449, Musée du Louvre, Paris.

pp. 17, 18 (cases inf) Albrecht Dürer, «L’Adoration des mages», 1504 , Galerie des offices, Florence.

pp. 8 Domenico Ghirlandaio, «La Visitation», 1491, Musée du Louvre, Paris.

COMMENT PLACER SUR UNE ORBITE SANS CIEUX [D’AUDIANT À VOYANT] – Ghérasim Luca

non daté [1962-1963], ex. unique.
– 54 p. ; 30 x 21 x 3 cm ; (2) – album de cartes postales, 69 cartes ; texte autographe, écriture cursive, mine de graphite sur l’album.
– couv. toile cirée bleue, impression chromolithographique ; 25 planches, papier fort beige avec encoches.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 090 23.

Détails

Album de cartes postales de 25 planches de papier fort beige, motifs style art nouveau, 3 systèmes d’encoches pour placer les cartes (deux en paysage ou une centrale, orientation portrait).

Couverture de toile cirée bleue, usée sur les tranches, toile plus épaisse et flexible bleue pour le dos, impression en chromolithographie de chardons sur le premier plat, et intitulé «Album pour cartes postales» ; cahiers reliés au dos cousu, agrafé ; gardes en papier fort.

69 cartes postales, dont 50 des grottes d’Arcy-sur-Cure (ca. 1930, éditeur A. Joublin, Chalet des Grottes) puis 19 des «Gorges de Fier – Environ d’Annecy» (ca. 1930) ; légendes des photographies et toponymes poétiques, dernière lettres légendée : «Les gorges du Fier – Environs d’Annecy / La sortie sur le bois du Poête».

Textes autographes à la mine de graphite, en minuscules cursives, sous les cartes postales, dans les encarts vides et sur les gardes ; orientation du texte (paysage/portrait) relative à l’orientation de la carte adjacente.

Une certaine topologie de l’album, qui impose sa navigation souterraine, embrasse l’enfermement du texte sur ses propres boucles – au bord du slogan, construit sur un balancement binaire, répété pour appuyer son effet. L’album montre ici bien l’efficacité de son dispositif, entre perte de repères par la répétition et les variations de ses accrochages, provoquant la rapidité du parcours et la plongée du lecteur dans un rythme intense. La sortie de grotte, par la référence à Platon, motive bien sûr l’idée d’un parcours initiatique par l’album.

Transcription

«Comment placer sur une orbite sans cieux / les prunelles sans yeux de nos orbites sans creux /// les lèvres sans bouche /// sous des narines /// sans trou /// l’oreille /// à l’orée de l’œil /// le dedans /// entre les dents /// et le dehors /// dedans /// Comment placer sur une orbite sans cieux /// les prunelles sans yeux de nos orbites sans creux /// les lèvres sans bouche /// sous des narines sans trou /// l’oreille /// à l’orée de l’oeil /// la rétine /// à même le tympan /// le dedans /// entre les dents /// et le dehors /// dedans /// Par la bouche qui bouche la bouche / la bouche qui bouche l’oreille /// et par l’oreille qui bouche l’oreille /// l’oreille qui bouche la bouche /// les yeux dans les yeux clos /// sous des paupières en pierre / aux cils silencieux /// Comment placer sur une orbite sans cieux / les prunelles sans yeux de nos orbites sans creux /// les lèvres sans bouche /// sous des narines sans trou /// l’oreille /// à l’orée de l’oeil /// la rétine /// à même le tympan /// le dehors /// dedans /// et le dedans /// entre les dents /// [deux dernières doubles pages orientation paysage, permet de réécrire intégralement le texte dans l’espace de deux doubles pages :] Comment placer sur une orbite sans cieux /// les prunelles sans yeux de nos orbites sans creux /// l’oreille à l’orée de l’œil la rétine à même le tympan /// le dedans entre les dents et le dehors dedans»

Références

Le texte de l’album est repris dans «D’Audiant à voyant», Paralipomènes (éd. Le Soleil Noir, 1976), p. 43. Par rapport à la version courante du texte, il est ici répété quatre fois, avec de légère variations :

Le segment «la rétine /// à même le tympan» est absent de la première itération, mais ajoutée lors des trois suivantes. Le texte publié au Soleil Noir suit cette dernière : «Comment placer sur une orbite / sans cieux / les prunelles / sans yeux / de nos orbites / sans creux ? // les lèvres / sans bouche / sous des narines / sans trou ? // l’oreille à l’orée de l’œil / la rétine à même le tympan / le dedans entre les dents / et le dehors dedans ?».

Le paragraphe suivant est inédit : « Par la bouche qui bouche la bouche / la bouche qui bouche l’oreille /// et par l’oreille qui bouche l’oreille /// l’oreille qui bouche la bouche /// les yeux dans les yeux clos /// sous des paupières en pierre / aux cils silencieux».

Dispositif dans la continuité de l’album LIT IVRE (cartes postales, grottes, écriture cursive), et texte similaire à la première face de l’album ONTOPHONIE PHOTOPHONIQUE.

Reprend la logique de répétition du même texte comme dans l’album OEDIPE SPHINX (24’).

QUI VOYEZ-VOUS ? – Ghérasim Luca

non daté [1962-1963], ex. unique.
– 24 p. ; 30 x 24 x 3 cm ; (P) – album photo, 32 clichés ; texte dactylographié sur supports divers, texte autographe au verso ou sous les encarts.
– couv. cuir noir frappé ; 8 planches, carton fort ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 100 23.

Détails

Album photo de 8 planches de carton fort, ajourées de part en part (1 et 4 fenêtres par page, ovales ou rectangulaires), dorures sur l’encadrement des ajours, de la page et des fentes d’insertion.

Couverture cuir noir frappé, relief et filet doré sur le premier plat et le plat arrière, inscription de «relatives» en dorures sur le dos, tranches dorées ; tranches de couverture et coiffes usées, premier plat gondolé ; gardes de papier fort, doublé d’un papier blanc moiré et strié, deuxième garde de carton fin, «Album» calligraphié style victorien et motifs floraux.

32 photographies fin XIXe, dont 31 format carte de visite, 1 format cabinet (la première) ; portraits en situation d’un couple et de leur entourage, à Milan (par ex devant le monument funéraire de Barnabé Visconti, avant qu’il ne soit déplacé de l’église San Giovanni de Conca), mariage.

Textes dactylographiés à l’encre noir sur plusieurs types de supports (pour les petits ajours : cartes bristol beiges format cartes de visite ; pour les grands ajours : papier léger, beige et bleu, coupé et plié au format cabinet).

Textes autographes à la mine de graphite derrière chaque texte dactylographié, soit au dos des photos qui suivent, soit au dos du feuillet dactylographié (seulement visible en sortant les feuillets ou les photographies).

QUI VOYEZ-VOUS ? oscille entre le pastiche de l’interrogation cartésienne et la tautologie frénétique – du moins d’apparence. Puisque, comme le rappelle Dominique Carlat, il n’est pas question d’envisager ce texte comme une variation sur l’incommunicabilité – tendance psychologisante qui anémie la poésie de Luca –, mais bien comme une «expérience par laquelle chacune des deux ‘‘identités’’ se constitue dans la reconnaissance de son instabilité» (Ghérasim Luca l’intempestif, 1998, p. 267-268). C’est-à-dire le constat d’une reconnaissance dont la seule vérité est qu’elle est et demeure fantomatique : ainsi se justifient les photographies où, sur une même planche, des individus reviennent d’un cliché à l’autre, comme une vérification de leur présence.

Transcription

«QUI VOYEZ-VOUS ? /// Nous ne voyons personne /// Nous voyons parfois quelqu’un / sinon comme quelqu’un qu’on voit / du moins comme quelqu’un qu’on voit parfois /// Parfois / nous voyons quelqu’un / mais en général / nous ne voyons / personne /// Quand nous voyons quelqu’un / nous ne voyons personne /// Mais personne ne voit qu’en ne voyant personne / on voit toujours quelqu’un /// On voit bien que nous nous voyons / puisque nous nous voyons parfois / quoique pas toujours pour se voir / et encore moins pour voir / que l’on ne se voit pas /// [très bas sur le feuillet, presque masqué par le cadre, bas du feuillet déborde de la fente] Comme si personne ne voyait /// [passage en orientation paysage] /// Quelqu’un voit pourtant /// que nous ne voyons pas / et que nous voyons pourtant / quelqu’un /// parfois /// Comme si / nous ne voyons / personne /// et comme si nous voyons pourtant / quelqu’un /// Mais en général / nous ne voyons personne / même quand nous voyons quelqu’un / et quand quelqu’un voit / que nous ne voyons personne»

Références

Texte intégral et sans différence (sinon des majuscules) de la version de «Qui voyez-vous» des Paralipomènes (éd. Le Soleil Noir, 1976), p. 30-31.

LIT MORTEL – Ghérasim Luca

non daté [ca. 1980], ex. unique.
– 92 p. ; 29 x 22 x 6 cm ; (ø) – album de cartes postales, 158 cartes ; texte autographe, écriture cursive, mine de graphite sur dos de carte ; collage d’extraits de journaux ; cartes colorisées.
– couv. carton contrecollé gris ; 44 planches, papier fort avec encoches.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 098 23.

Détails

Album de cartes postales grand format, de 44 planches de papier fort bruni, 3 systèmes d’encoches pour placer les cartes (deux en paysage ou une centrale, orientation portrait).

Couverture en carton contrecollé gris, frappée (premier plat : «Cartes Postales», femme et papillons), coins, mors et dos couvert en toile enduite effet cuir, verte ; traces d’usure, coins et mors partiellement décollés, reliure partiellement déboîtée et certaines planches détachées ; gardes en papier fort bruni, étiquette «galeries lafayette» sur le premier contreplat.

158 cartes postales (une ou deux par page), parfois en couleur, de lieux divers sans ordonnancement logique.

Texte autographe à la mine de graphite, écriture cursive, sur la seule carte postale retournée, en page de titre.

Ajouts de couleurs sur certaines cartes postales en noir et blanc, ou par surimposition sur les cartes déjà en couleur ; une carte postale avec dessins aux points.

Deux collages d’extraits d’articles illustrés, issus du journal Le Monde du 17 octobre 1980 (date et source autographes au format «17 X 80», à même les collages à la mine de graphite) ; collages sur les deux faces de feuilles bristol lisses découpées au format carte postale et insérés ou à demi insérées dans les encoches de l’album.

Cet album tardif adopte un fonctionnement singulier. C’est ici un jeu de proximité et de contrastes entre photographies qui met l’album en tension. Des thèmes redondants, couleurs ou scènes dénotant avec l’ensemble – s’il en est un -, semblent fonctionner sans règles tout en imposant une certaine poétique de la scénographie. Comme le rappelle le deuxième collage d’article, c’est bien contre «la tyrannie de nos modes de pensée» et vers une existence dite non-oedipienne que Ghérasim Luca dirige ses œuvres – et l’invention de voies d’expression neuves en est la clé de voûte.

Référence des articles

Extraits du journal Le Monde du 17 octobre 1980 :

– Jacques Meunier, «Le regard de Pierre Clastres, Un ethnologue qui savait regarder» (collé au verso de la carte p. 73).

– François Bott, «L’amour de la servitude» (collé au recto de la carte p. 73).

– encart découpé «* Dessin de Bérénice CLEEVE», entre les deux colonnes de l’article «l’amour de la servitude».

– Roland Jaccard, «Ivresse nietzschéenne et sobriété freudienne», (une seule colonne collée sur la partie gauche d’une feuille bristol, au verso, dessin d’illustration de l’article par J.-P. Cagnat, superposé, inséré dans les encoches inférieures, cartes postale «Souvenir de Bostock», 6 lions en intérieur) + mention autographe à la mine de graphite «,,Le monde’’ / 17 X 80».

Organisation des cartes postales

Différents pays, photographies d’architecture : France, Egypte, Belgique, Chine, Algérie, Italie, Angleterre, Pays-Bas, Suisse, Allemagne, URSS, Norvège, Etats-Unis, Grèce, Brésil, Espagne, Sri Lanka, Inde, Tunisie, Japon, Laos, Bulgarie, Indonésie, Liban, Maroc.

Nombreux bords de mers ou lieux en lien avec l’eau, côtes escarpées bretonnes et normandes, méditerranée, atlantique, grosses mers, Venise, Seine.

Quelques portraits : acrobates, une fille javanaise, mauresque voilée.

Animaux : lions, lynx empaillé, sculptures de sphinx de Londres, de Fontainebleau et des tombeaux des Mings.

LANGUE-SON – Ghérasim Luca

non daté, ex. unique.
– 68 p. ; 25 x 32 x 3 cm ; (ø) – carnet de dessin «Alphonse Giroux» ; croquis et études fusain originales signées «E. A. Prevost» ; 2 photographies ethniques ; texte autographe, mine de graphite autour des croquis.
– couv. demi-basane orange et rouge.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 092 23.

Détails

Carnet de dessin «Alphonse Giroux» (ca. 1799-1839), format à l’italienne, 34 planches (68 pp.) de papier à dessin de grammage moyen, grain léger, feuilles jaunies sur les bords.

Couverture demi-basane orange et rouge texturée, usées sur les tranches, coiffes fendues, cahier presque entièrement déboité.

Croquis et études sur chaque belle page, à la mine de graphite, au fusain ou à la peinture à l’huile ; signature au premier contreplat «E. A. Prevost» présenté comme «jardinier-fleuriste» (p. 2), à la mine de graphite.

Au-dessus du titre autographe en lettres capitales à la mine de graphite : deux cartes postales colorisées, identiques, collées sur le premier contreplat («(27) TONKIN : Marché le long de la ligne du Chemin de fer de Liang-Son en face la ferme des Pins», Editions Victor Fiévet, ca. 1949-1954, Vietnam, photographie ethnique).

Texte autographe, plus ou moins en lien avec les croquis et études, en lettres capitales ou minuscules cursives, à la mine de graphite ; textes positionnés et orientés en fonction de l’espace laissé par les dessins.

Une trame semble se tisser à quatre main. L’album et l’enchaînement des croquis suscite l’ordonnancement des variations de Ghérasim Luca. Contrairement aux autres albums, où l’auteur est également l’opérateur d’un grand nombre de modifications (ordre des images, choix de ses espaces d’écriture), le texte doit ici trouver sa place dans les espaces laissés par le fusain, impliquant une composition toute différente, à la fois allongée dans le temps et fragmentée par le pictural.

Transcription

(texte de Luca en gras ; informations, notations et description des dessins d’origine entre crochets ; pagination entre parenthèses, quand une page n’est pas mentionnée, elle est vide)

«[premier contreplat, deux cartes postales, photos ethniques du Tonkin collées] LANGUE-SON /// [croquis floraux, et végétaux dont quelques uns en couleur + tentatives de calligraphie signature] /// [inscription «M N Monsieur Prevost – Jardinier – fleuriste» + croquis bouquets de fleur] ANTI-NOM-ET-MOMIE (2) /// [croquis bouquet de fleur, dont deux en couleur + deux portraits rapides, dont un caricatural + tentatives de calligraphie «madame / d / madame / madame / monsieur / mademoiselle / m» + croquis oiseau] /// [6 études de nez au fusain] l’humanité souffle (5) /// [deux études de nez, une d’oreille, au fusain] la féminité vibre (7) /// [deux études d’oreilles au fusain] oreille d’avant nez (9) /// [deux études d’oreilles au fusain] avant-né (11) /// [une étude d’oreille au fusain, orientation portrait] personne (13) /// [une étude de bas de visage au fusain] son d’âge (15) /// [une étude de bas de visage au fusain, expression neutre] son d’ange (17) /// [une étude de bas de visage au fusain, léger sourire] son d’ange heureux (19) /// [une étude de voûte plantaire, au fusain, orientation portrait] cri de plante (21) /// [une étude de pied plié, au fusain, orientation portrait] cri de ch’ose (23) /// [une étude de pied, plongée, au fusain, orientation portrait] percant (25) /// [une étude de pied, avec sandale, plongée, au fusain, orientation portrait] sens-cri (27) /// [deux études de pieds, un en sandale, l’autre nu, plongée, au fusain] en son double aimant / ,,aimant’’ ch’ose ,,aimant’’ verbe (29) /// [une étude de main appuyée, au fusain] et prise d’oracle soudain : perte vive (31) /// [une étude de main sur une grappe de raisin, au fusain] v’ivre (33) /// [trois études au fusain, un rocher, un puits, deux buissons] son élément (eau sans voyelles) en dérive (35) /// [une étude de maison en ruine au fusain] ,,son’’ / résonne et s’appartient (37) /// [une étude, de maison et portail, une de branche, au fusain, orientation portrait] ,,élément’’ / aile aimant // ,,en dérive’’ ch’ose et ,,en dérive’’ verbe (39) /// [une étude de puit rectangulaire, et deux de feuillages et branche, au fusain, orientation portrait] l’antinomie FEMME dénude de nu-âge d’or la momie HOMME (41) /// [une étude au fusain de maison dans les bois, tronc fleuri et champignons au premier plan, orientation portrait] en tête de ,,raison’’, la tête de ,,marbre’’ le marbre acéphale et la maison (43) /// [étude au fusain d’un arbre penché, végétaux et fleurs au premier plan, orientation portrait, texte entre les deux éléments] l’arbre de vide (45) [une étude au fusain de pont et arbre au dessus d’une rivière, une étude de rocher] et l’arc-en-eau (47) /// [une étude au fusain de portail de bois brisé, une d’arbre, orientation portrait, texte au dessus des études] quittent l’arbre de vie pour l’arbre vie de… (49) /// [étude au fusain d’une branche d’arbre têtard, orientation portrait] à quitte ou double / para-lit et sans ciel (51) /// [étude au fusain d’une branche et de feuillages, orientation portrait] vague écho d’écho-vague (53) /// [étude au fusain d’un buisson type if, orientation portrait] écho de feuille (feu-œil) à l’oreille (l’or-œil) d’Orphée (d’or-fée) (55) /// [étude au fusain de branches et feuillages] forêt à l’orée des corps (57) /// [étude au fusain de branches et feuillages d’arbre résineux, orientation portrait] écho des corps (59) /// [étude au fusain de branches et feuillages] échorps (61) /// [étude au fusain de branches et feuillages] à corps perdu accord perdu (63) /// [étude à la mine de graphite du château de Montigny-le-Gannelon] S’ÈVE D’HOMMBRE (65)»

Transcription texte seul :
«LANGUE-SON /// ANTI-NOM-ET-MOMIE (2) /// l’humanité souffle (5) /// la féminité vibre (7) /// oreille d’avant nez (9) /// avant-né (11) /// personne (13) /// son d’âge (15) /// son d’ange (17) /// son d’ange heureux (19) /// cri de plante (21) /// cri de ch’ose (23) /// percant (25) /// sens-cri (27) /// en son double aimant / ,,aimant’’ ch’ose ,,aimant’’ verbe (29) /// et prise d’oracle soudain : perte vive (31) /// v’ivre (33) /// son élément (eau sans voyelles) en dérive (35) /// ,,son’’ / résonne et s’appartient (37) /// ,,élément’’ / aile aimant // ,,en dérive’’ ch’ose et ,,en dérive’’ verbe (39) /// l’antinomie FEMME dénude de nu-âge d’or la momie HOMME (41) /// en tête de ,,raison’’, la tête de ,,marbre’’ le marbre acéphale et la maison (43) /// l’arbre de vide (45) /// quittent l’arbre de vie pour l’arbre vie de… (49) /// à quitte ou double / para-lit et sans ciel (51) /// vague écho d’écho-vague (53) /// écho de feuille (feu-œil) à l’oreille (l’or-œil) d’Orphée (d’or-fée) (55) /// forêt à l’orée des corps (57) /// écho des corps (59) /// échorps (61) /// à corps perdu accord perdu (63) /// S’ÈVE D’HOMMBRE (65)»

Références

«APOSTROPH’ APOCALYPSE», Paralipomènes (éd. Le Soleil Noir, 1976), p. 71 : «Le m’onde s’onde / anse d’un bol / Et l’on passe / de «passe» chose / en «passe» verbe / de la chose à la ch’ose».

«APOSTROPH’ APOCALYPSE», Paralipomènes, p. 69 «V’ivre l’apocalypse / c’est v’ivre la vie manquée».

«APOSTROPH’ APOCALYPSE», Paralipomènes, p. 71 : «l’«eau» sans voyelle / en quête sans-cible».

«APOSTROPH’ APOCALYPSE», Paralipomènes, p. 74-75 : «Ce n’ombre acéphale / résonne hors mesure / La quête sans queue ni tête en dérive / «en dérive» chose» / et «en dérive» verbe».

«Les vaincus», Théâtre de bouche (José Corti, 2008), p. 71 : «PREMIER LUTTEUR : A corps perdu / DEUXIEME LUTTEUR : Accord à corps perdu / PREMIER LUTTEUR : Eperdu corps à corps des accords / DEUXIEME LUTTEUR : désaccord à corps perdu» etc.

Album LE SERF-PAN SIFFLE : «SOUS L’ARBRE / DE / VIDE /// S’ON /// HOMMBRE /// S’ÈVE».

Fumeurs – Ghérasim Luca

non daté [1962-1963], ex. unique.
– 54 p. ; 15,5 x 12 x 6,5 cm ; (6’) – album photo, 38 clichés ; texte autographe, lettres capitales, mine de graphite sur Canson crème.
– couv. chagrin marron ; 25 planches, carton fort ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 095 23.

Détails

Album photo de 25 planches de carton fort ajourées des deux côtés (1 fenêtre par page).

Couverture de chagrin marron avec reliefs centraux en bois et cuir doré, dos cuir nervuré et notation «ALBUM», chasses renforcées par une barrette de métal cuivrée et frappée, tranches dorées ; premier fermoir métallique entier et fonctionnel, deuxième absent ; garde de papier fin strié et gondolé.

38 photographies fin XIXe siècle, format carte de visite , différents portraits (hommes, femmes, bustes, plain-pied) ; nombreuses photographies coloriées à grands traits.

Textes autographes, en capitales, à la mine de graphite, sur 9 feuillets de canson crème insérés dans les ajours ; feuillet volant retranscrit le texte, dactylographié, intercalé entre la dernière planche et la garde.

Cas unique dans ce fonds, cet album peut s’observer en parallèle de son double, l’album FUMEURS ! – et ainsi révéler les points saillants d’un projet esthétique : la mise en scène des traits de folklore, la vieille veuve, les images colorisées. Mais, du premier au second, le projet semble se clarifier, à la fois par l’ironie politique qui se distille dans FUMEURS ! et l’espacement du texte dans un album plus long.

Transcription

«FUMEURS /// PASSEZ /// DE /// ,,L’ORDRE DES ASSASSINS‘‘ /// [premières photos coloriées : 2x la même photo d’un homme] /// ’AU /// DÉSORDRE DES……… /// [à partir de là, les portraits de femmes seules, principalement des travailleuses, sont coloriés grossièrement] /// ……… /// ……… /// ……… ASTRES / ÉCOUTEZ /// LA GRANDE SOURDE /// [retranscription dactylographiée]»

Organisation des photographies

Photographies d’hommes en smoking et de soldats gradés.

Davantage de femmes.

Puis exclusivement des femmes.

Pour finir sur une vieille femme, une patriarche, cheveux blancs, assise sur une chaise, dans une robe noire, probablement une tenue de veuve.

Zéro coup de feu – Ghérasim Luca

non daté [1962-1963], ex. unique.
– 24 p. ; 18 x 13 x 3 cm ; (8’) – album photo, 49 clichés ; texte autographe, écriture cursive, mine de graphite sur l’album.
– couv. simili cuir vert ; 12 planches, carton fort gris ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 087 23.

Détails

Album photo de 12 planches de carton fort gris, ajourées de part en part (deux ajours rectangulaires de 4 x 6,2 cm par planche, encadrés d’une bande noire).

Couverture simili cuir vert, gros grains, dorure «PHOTOGRAPHIES» centrée, encadrement noir frappé, très bon état.

49 tirages photographiques format 7 x 4,5 cm sur papier fin, dans les ajours sauf un portrait de soldat, volant, glissé entre la couverture et la première planche (au dos, autographe : «zéro / coup de feu»), et un négatif de même format, identique aux photos de la première page et partiellement superposé au tirage dans le premier ajour ; photographies de monuments (châteaux de Fontainebleau, de Versailles, de Malmaison et de Chantilly), scènes en extérieur (portraits en extérieur, vues sur la Seine, forêt, paysages), 18 portraits d’un même homme (ca. 60 ans, moustache, costume sombre, chapeau, veste longue, fumeur).

Texte autographe à la mine de graphite, écriture cursive ; titre sur le dos de la photographie volante, et corps du texte sur l’intérieur cartonné de la quatrième de couverture, orientation paysage.

Cet album exploite la portée narrative de l’agencement d’images. Un même personnage fait irruption de page en page entre photographies de monuments et de paysages. Le texte est repoussé au dernier contreplat, plutôt que dispersé au fil de l’album, comme pour lui laisser sa place. William Blake se trouve incarné par ce personnage anonyme, pour devenir l’auteur d’une fusillade à «zéro coup de feu».

Transcription

«[sur une photographie volante en début d’album :] zéro / coup de feu /// [sur la dernière garde :] un certain Mr. William Blake / – browning, browning, Mr. William ! / tire / (à l’arc-enfer / l’arc-en ciel sans-cible) / sur Monsieur (Loup) K // zéro coup de feu / fleur de peau / (de chaussure)»

Références

Texte proche de l’album CABBALEROS : «TIR’ // À L’ARC /// ENFER /// ZÉRO / COUP DE FEU».

Reprend une notation de l’album LE CRI TAIRE : «MONSIEUR (LOUP) /// …K».

Suit la logique de l’album L’ARC ENFER, mais aussi de TIR À L’ARCANE MAJEUR : «tir à l’arc-en-ciel /// on tir’ à l’arc-enfer /// suspendu par les cordes sans arc /// parler corde /// dans la maison / sans / cible».

Zéro coup de feu est repris en titre de section, «ZÉRO COUP DE FEU», La Proie s’ombre (José Corti, 1991), p. 40.

Particularités

Il s’agit du seul album dans lequel le texte est ainsi rejeté en fin d’ouvrage.

Organisation des photographies

Photographie de Fontainebleau.

Photographie de Versailles, statue du Général Hoche / place du marché.

Photographie de scènes en extérieur (portraits en extérieur, vue sur la Seine, forêt, roches, paysages).

Photographie du Château de Malmaison.

Photographie du Château de Chantilly.

Un homme revient sur 18 photographies (ca. 60 ans, moustache, costume sombre, chapeau, veste longue, fumeur) en portrait ou présent dans des paysages.

Un négatif, inséré partiellement dans l’ajour pour laisser paraître le tirage en dessous, superposé au tirage qui en est fait (comme dans l’album du Centre Pompidou, «Ton pied absent…», 1962-1965).

Un portrait de soldat, photographie volante, glissée entre la couverture et la première planche ; au dos de celle-ci, manuscrit à la mine de graphite : «zéro / coup de feu».

Miroir à alouettes, petit poème – Ghérasim Luca

non daté, ex. unique.
– 104 p. ; 18 x 15 x 5,5 cm ; (ø, S) – livre collage à partir d’un album de cartes postales ; «petit poème» à partir de 158 gravures de dictionnaire légendées sur papiers divers ; mentions autographes et signature à la mine de graphite.
– couv. percaline crème frappée ; 50 planches, papier fort gris avec encoches.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 089 23.

Détails

Livre collage à partir d’un album de cartes postales de 50 planches de papier fort gris, deux encoches à chaque coin.

Couverture en percaline crème frappée, étiquette effritée au dos, coiffes usées ; gardes en papier fort, autocollant «S» sur la première garde, notation non-identifiée et signature autographe à la mine de graphite sur la dernière garde.

100 cartons découpés au format carte postale (14,1 x 6,2 cm), 14 en bristol blanc satiné, 86 en Montgolfier-Canson (Davézieux et Annonay), noir texturé et filigrané, insérés dans les encoches.

158 gravures illustratives de dictionnaire légendées et extraits de légendes découpés et collés sur les feuilles bristol et Canson ; extraits d’un dictionnaire type Larousse universel en deux volumes, agencés pour former un «petit poème».

Mentions autographes à la mine de graphite page 64.

Cet album suit une pratique proche de la Série Brésil, analysée par Sibylle Orlandi (Thèse de doctorat, «Les signes en jeu : surgissement et opacification dans les créations poétiques et plastiques de Ghérasim Luca», p. 484), et discutée dans l’ouvrage dédié, Série Brésil, publié par le CipM en 2008. Cette position vis-à-vis du dictionnaire, entre utilisation et détournement, permet de mieux comprendre le rapport qu’entretient l’auteur aux images trouvées qui composent les albums, mais aussi de saisir de plus près la méticulosité nécessaire au travail de l’album. On note des travaux analogues, notamment le «Dictionnaire critique» de Georges Bataille et Michel Leiris ou le Dictionnaire abrégé du surréalisme de Breton et Eluard. Voir à ce sujet Les dictionnaires surréalistes (1924-1974), alphabet et déraison (Pierre-Henri Kleiber, Honoré Champion, 2013).

Transcription

(la numérotation entre crochets correspond aux seules mentions autographes, à la mine de graphite)
«Miroir à alouettes // Petit poème, / If. / If. /// Manière de tracer un cœur au moyen de deux triangles équilatéraux. /// Spirale à quatre centres. triangle équilatéral ; à quatre […] tués aux quatre sommets des […] // Tritons. /// Triton. // vaut une triple croche /// Triangle. // Sphinx. /// Soupir. /// Prométhée. /// Oedipe et le Sphinx. /// Tribart. / Trident // Vis-à-vis. /// Orphie. /// Orphée. // homme et / Minotaure // qui naquit de / Vénus. /// fut noyé par / Neptune. // qui naquit de / Vénus. /// Viole d’amour. /// Spirale à quatre centres. /// Neptune. // Minotaure.. /// Licorne. // Centaure. /// Noeud d’anguille. // Cadenas. // Profil. // Clef. /// Noeud d’anguille. // Clef. // Profil. // Cadenas. /// Coccinelle. // Vestale. /// Glace à la main. // Atlas. /// Isis. // Seconde. /// Pan. // Pan. /// Horus. /// Saturne. /// Notes carrées. /// Carré. // Cercle. // Cercle. // Carré. /// lat. spirare, respirer, et / Spirorbe. / communément aigles. /// Prométhée. /// Aigle et aiglons. /// Sources minérales / Griffon. // Les ailes de l’aigle / Dragon. // Rhododendron. /// Bombardon / Baryton. / Tympanon. / Hélicon. / Clairon. / Tétrodon. / Tetrodon. Gros marteau pour abattre /// Les sept (cartes). /// Trille. /// Flûte de Pan. // Crible. // Tambour. /// Hibou. // Effraie. // Hibou. /// Planche. // Dé à coudre. // Coupe. // Dé à jouer. /// Cithare. // Grille. // Cithare. /// Solitaire (jeu). // Effraie. // Solitaire (jeu). /// Osiris. // Osiris // Cymbales. /// Cymbales. // Anubis. // Anubis. /// Ophicléide. // Momie. // Aimant. // Oedipe et le Sphinx. // Jumelles. /// [4] Cornes d’appel. // [3] Cor de chasse. // [2] Aimant. // [1] Néo-cor. /// Trompette d’harmonie. // Vive. // Coiffe. // Trompette de cavalerie. // Carnassière. // Flûte. // Régulière. // Flûte. // Irrégulière. /// Serpentaire. // Trigonocéphale. /// Torche. /// Bacchus. /// Faquir. // Tapir. // Menhir. /// Ecran. // Tatouage. // Tam-tam. /// Nage indienne. /// Pilote. /// le quart de soupir // vaut une ronde /// Ocarina. // Trimourti. // Octogone. // Saxophone. // latéral (roulé par dessus) /// le demi soupir // vaut une double croche /// Anneaux // Anneaux // Fifre. // projeté droit // Confucius. morale, d’un idéal // en avant en arrière /// Anneau. // Auréole. // Nimbe. /// Auréole. // Nimbe. // Anneau. /// le huitième de soupir // vaut une blanche /// de face en hauteur // Brahma. // Mât fixe // Clarinette. /// le seizième de soupir // vaut une noire /// en avant en arrière // Bouddha. // Mur d’assaut // Clarinette. // Grattoir. /// Cible. /// Ventouse. /// Demi-soupir. /// Syncopes. /// Silences. /// [signature :] ghérasim luca»