workshop

➨ 21/10/24 ➨ 25/10/24

Intersection : publication d’artiste

David Bellingham

La revue BÓNUS, périodique annuel mené par un groupe d’étudiant·es de 3em année de l’ÉESI d’Angoulême. Chaque année la composition du groupe éditorial est renouvelée, pour base de travail; le numéro précédent, comment s’approprier cet espace éditorial, comment y succéder et poursuivre une recherche par l’édition. En compagnie de l’artiste David Bellingham les étudiant·es ont réfléchit et créer l’apparaitre du numéro 3 de la revue.

Matis Bachelet
Lisa Castau
Mona Delbart
Zoé Eveillard
Réjane Galerie
Lou Le Guilloux Canales
Nicolas Lopez
Salomé Nabet
Margot Roberties
Julien Volette

vidéo étudiant·es de l’ÉESI d’Angoulême

LA POÉSIE SANS LANGUE – Ghérasim Luca

1962, ex. unique.
– 34 p. ; 15,5 x 11,5 x 4 cm ; (1’) – album photo, 18 clichés ; texte autographe, lettres capitales, «aux petits points», encre blanche sur papier noir tramé.
– couv. cuir noir frappé ; 15 planches, carton fort ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 083 23.

Détails

Album photo de 15 planches de carton fort, ajourées de part en part (1 fenêtre par page, rectangulaires), gaufrage sur l’encadrement des ajours.

Couverture cuir noir frappé ; fermoir métallique entier et fonctionnel ; couverture et coiffes usées ; tranches dorées ; gardes de papier blanc moiré et strié.

18 photographies fin XIXe, format carte de visite ; portraits plain-pieds de jeunes filles, femmes, puis jeunes hommes, hommes et soldats en costume, puis portraits bustes d’hommes et femmes. Jeu de parallélisme entre les photographies en vis-à-vis.

Texte autographe en capitales, «aux petits points», à l’encre blanche sur 12 feuillets de papier noir tramé, découpés au format carte de visite, dont 5 laissés vides. Au verso de deux des feuillets vides (p. 12 et 16), parties du texte écrites – comme des tentatives de calligraphie réemployées.

Signé et daté à la mine de graphite sur la dernière garde.

Serge Martin relate dans son article «Avec Ghérasim Luca (1913-1994), extension du domaine des apatrides» (Moderne Languages Open, 2019) une anecdote de Thierry Garrel concernant le texte de cet album. En 1967, à l’occasion d’un salon réunissant des artistes du monde entier à La Havane, Ghérasim Luca a fait inscrire «LA POÉSIE SANS LANGUE / LA RÉVOLUTION SANS PERSONNE / L’AMOUR SANS FIN» sur le drapeau cubain réalisé au centre d’une grande fresque murale réalisée pour l’occasion.

Transcription

«LA POÉSIE // SANS LANGUE /// [encart vide] /// LA RÉVOLUTION // SANS PERSONNE /// [encart vide] /// [encart vide] // L’AMOUR /// SANS // FIN /// [encart vide] /// [encart vide]»

Références

Ce texte est repris dans La Proie s’ombre (José Corti, 1991, p. 47-55), disposé de manière similaire à la forme adoptée dans l’album, où un saut de page sépare chaque groupe de mots. Il s’est également vu être tapé en 7 exemplaires le 3 juin 1965.

L’OBJET DU REFUS – Ghérasim Luca

non daté [1962-1963], ex. unique.
– 44 p. ; 18 x 13 x 6,5 cm ; (2’) – album photo, 24 clichés ; texte autographe, lettres capitales, «aux petits points», encre blanche sur Canson noir.
– couv. cuir rouge frappé ; 20 planches, carton fort blanc ajouré.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 084 23.

Détails

Album photo de 20 planches de carton fort blanc ajouré de part en part (1 fenêtre par planche).

Couverture en cuir rouge, plat et dos frappé, intérieur des chasses dorées ; fermoirs métalliques absents ; tranches dorées ; reliure scindée en deux entre la 13e et la 14e page ; fenêtres encadrées d’un gaufrage léger ; gardes en carton fin, doublé d’un papier blanc moiré et strié.

24 photographies fin XIXe siècle, 5 format cabinet, 19 format carte de visite ; portrait divers, d’abord soldats, puis portraits plain-pieds ou bustes d’enfants, hommes, femmes, de divers âges, pour grande partie en extérieur (rare dans les albums) ; l’une d’entre elles est coloriée au stylo noir (écharpe blanche coloriée) ; effets de miroir entre les pages en vis-à-vis (personnages identiques / analogues), jeu de contrastes quand intervient un texte, surtout entre thématique de la maladie et photographies d’enfants.

Textes autographes, «aux petits points», à l’encre blanche, lettres capitales sur 16 feuillets de Canson noir granuleux format carte de visite insérés dans les ajours vides, deux laissés vides, dont le dernier.

Entre l’«OBJET DU REFUS» et «LE REFUS MÊME» se joue l’intensité du programme de Ghérasim Luca. Il n’est pas question pour lui de s’arrêter à penser le refus, mais bien de l’incarner par une pratique de vie dépendante d’une pratique du langage. Avec Ghérasim Luca, l’expérience du langage dans le poème, et ainsi tous ses remous, sont à envisager comme une secousse de l’être et une pression exercée à même le corps (voir à ce sujet les hypothèses de Serge Martin dans Ghérasim Luca, une voix inflammable, Tarabuste, 2018).

Transcription

«L’OBJET / DU REFUS /// NOUS / PROPOSE /// LE MONDE /// OU LA FOLIE /// DISPERSION /// OU ÉTOUFFEMENT /// LE CANCER /// OU LA LÈPRE /// MAIS /// LE REFUS MÊME /// [CARTON VIDE] /// NOUS INFUSE /// LÈPRE / ET / CANCER /// EN / «TÊTE À TÊTE» /// SANS «T» NI «É» // À SANTÉ NIÉE /// [dernier carton vide]»

Références

«Apostroph’ apocalypse», Paralipomènes, (éd. Le Soleil Noir, 1976), p.71 : «en «tête à tête» / sans «t» ni «é» / à santée niée» > «EN / «TÊTE À TÊTE» /// SANS «T» NI «É» // À SANTÉ NIÉE». Notation récurrente dans les albums, qu’on retrouve dans APOSTROPHE D’ÊTRE, TIR À L’ARC-ENFER et L’ANGE «JE».

Remarques

L’organisation des photographies se joue principalement sur des parallèles, où deux photographies se font écho par ressemblance, identité ou technique de tirage semblable. Les variations offertes par deux poses différentes d’un même individu, ou ajout d’une personne dans le cadre, ou évolution légère de l’environnement, crée une atmosphère particulière, où l’album semble former un mouvement.

LES CRIS VAINS – Ghérasim Luca

non daté [1962-1963], ex. unique.
– 104 p. 21 x 15 x 6 cm ; (9, X) – album de cartes postales, 81 cartes ; texte autographe, écriture cursive, mine de graphite sur papier crème ; notations éparses sur les cartes.
– couv. toile enduite bleue ; 50 planches, papier fort avec encoches.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 099 23.

Détails

Album de cartes postales, 50 planches de papier fort gris, deux encoches à chaque coin.

Couverture de toile enduite bleue (dos, mors et coins) et toile imprimée (motifs géométriques), dorures sur le premier plat et le dos (nervures, motifs végétaux et mention «CARTES / POSTALES») ; gardes en papier fort gris ; premier contreplat, pastille autographe «9» et autocollant de provenance «Au printemps, Paris», première garde, autocollant «X».

81 cartes postales, photographies de formations rocheuses (menhirs, éperons, aiguilles, grottes, dolmen, formation rocheuse, pierre gravée) avec légendes à connotations mystiques (imaginaire druidique, sacrificiel, infernal, de plus en plus prononcé au fil de l’avancée du texte), ou photographies légendées de lieux-dits anodins avec connotation pittoresque ; sur la fin de l’album, jeu plus prononcé sur les toponymes, répétition de «chaos», dernière carte en couleur, légendée «FONTAINEBLEAU. – La Forêt. – Le Chaos des artistes.»

Textes autographes à la mine de graphite répartis exclusivement sur la première moitié de l’album ; lettres capitales pour la page de titre sur une carte postale retournée, cursive pour le corps du texte, sur 15 feuillets de papier lisse, beige, coupés au format carte postal, insérés dans les encoches ; orientation du texte en fonction de la photographie en vis-à-vis.

Quelques notations sur les cartes (éléments de légendes soulignés).

Unifié comme l’est rarement un album de Ghérasim Luca, l’exploration se joue de page en page entre le déploiement du texte et ce qui s’y substitue progressivement d’une réflexion sur la roche. Les légendes des cartes postales restituent bien l’enjeu : il s’agit de voir l’inscription graphique et la valeur mythique de la pierre. Non seulement par la pierre gravée, qui retient le signe, mais également par ce que la géologie et ses formations étonnantes suscitent de récits fondateurs, dictant notre rapport physique et métaphysique au monde.

Transcription

«GHƐRASIM LUCA // LƐS CRIS VAINS /// Personne / à qui pouvoir dire / que nous n’avons rien à dire /// et que le rien que nous nous disons / continuellement /// nous nous le disons / comme si nous ne nous disons rien /// comme si / personne ne nous disait /// même pas nous /// que nous n’avons rien à dire /// personne / à qui pouvoir le dire /// même pas à nous /// Personne / à qui pouvoir dire / que nous n’avons rien à faire /// et que nous ne faisons rien d’autre / continuellement /// ce qui est une façon de dire / que nous ne faisons rien /// une façon de ne rien faire / et de dire ce que nous faisons /// [seule orientation portrait] Personne / à qui pouvoir dire / que nous ne faisons rien /// que nous ne faisons / que ce que nous disons /// c’est à dire / rien»

Références

Texte publié sous le même titre dans les Paralipomènes (éd. Le Soleil Noir, 1976), p. 32-33. Retranscription exacte.

Particularité des «E» en 3 retournés, comme dans les albums LIT IVRE et DELIT DE DELIVRANCE.

Même logique de légendes des cartes postales liées à l’enfer que dans l’album DÉLIT DE DÉLIVRANCE.

Comme dans l’album COMMENT PLACER SUR UNE ORBITE SANS CIEUX : dernière lettre légendée avec une toponymie à connotation artistique.

Dessins aux petits points sur une carte postale comme dans l’album Tautologie de terreur sans tête… (1962, Centre Pompidou), ou INDICIBLE INDICE CIBLE (sur une photo).

Le goût du travesti – Ghérasim Luca

Mai 1970, ex. unique.
– 104 p. ; 19 x 15 x 6 cm ; (25, D) – album de cartes postales, 57 cartes ; texte imprimé sur papier blanc, grammage moyen, issu d’une maquette de 1958 d’un disque tiré à 2 ex.
– couv. simili cuir bordeaux frappé ; 50 planches, papier fort gris avec encoches.
Fonds Ghérasim Luca, donation Micheline Catti ; inv. n° 094 23.

Détails

Album de cartes postales de 50 planches de papier fort gris, deux encoches à chaque coin.

Couverture simili cuir, frappé, bordeaux ; dos nervuré, coins et mors marqués, traces d’usure au niveau des angles de coiffe ; gardes en papier fort ; pastille autocollante, «25», et autocollant découpé «D» sur le premier contreplat.

57 cartes postales début XXe siècle retournées, montrant des photographies ethniques (Nouvelle-Calédonie, Congo, Gabon, Madagascar, Haute-Volta), dont une retournée sur la face inscriptible.

Textes imprimés en grosse police, italique, sur papier blanc de grammage moyen, et inséré verticalement dans les encoches de pages sans cartes ; textes en italique formant un récit inséré en deux exemplaires, répétés autour d’une notation centrale en romain ; découpé depuis un feuillet inséré dans la pochette des maquettes du 33 tours «Ils s’absentent et se prolongent» («Enregistrement sonore pour un film non réalisé», Paris, Music Monde, collection Delta, Production Raymond Jouve), tiré à deux exemplaires en 1958.

Signature et date inscrite à la mine de graphite sur le recto de la dernière garde.

Par une mise en abyme ironique, les maquettes d’un «enregistrement sonore pour un film non réalisé», elles-mêmes issues d’un projet de disque «non réalisé», trouvent finalement leur place au sein de cet album. Les photographies semblent participer d’un jeu de déplacements, d’abord par la confrontation de l’imprimé à la photographie, mais également par l’anachronisme du reportage colonial, figeant le dispositif dans un vis-à-vis déroutant.

Transcription

«Le goût du travesti met quelques êtres sur la piste d’un mythe errant chargé d’un grand pouvoir mutationnel /// Un symbole X, particulièrement méconnaissable, les guette à certains carrefours privilégiés de leurs vies /// pour s’incarner dans quelques fantômes familiers dont la présence ne se fait remarquer que dans l’extase, le fou rire ou la terreur. /// Le moment décisif de cette aventure sera l’apparition de la Non-Nostalgie, divinité anti-ancestrale et uniquement projective qui marque le passage de l’être aux non-êtres et livre ceux-ci à toutes les métamorphoses du possible. /// Un hurlement sacré, à peine murmuré, sera la fanfare qui l’annonce. / GHERASIM LUCA /// [période de 4 planches consécutives sans carte ni texte] /// [pas en italique et police plus faible + centrée] Enregistrement sonore pour un film non-réalisé /// [répétition du même texte :] Le goût du travesti met quelques êtres sur la piste d’un mythe errant chargé d’un grand pouvoir mutationnel /// Un symbole X, particulièrement méconnaissable, les guette à certains carrefours privilégiés de leurs vies /// pour s’incarner dans quelques fantômes familiers dont la présence ne se fait remarquer que dans l’extase, le fou rire ou la terreur. /// Le moment décisif de cette aventure sera l’apparition de la Non-Nostalgie, divinité anti-ancestrale et uniquement projective qui marque le passage de l’être aux non-êtres et livre ceux-ci à toutes les métamorphoses du possible. /// Un hurlement sacré, à peine murmuré, sera la fanfare qui l’annonce. / GHERASIM LUCA / ghérasim luca / mai 1970»

Références

Le texte découpé est issu du feuillet présent dans la pochette du 33 tours «Ils s’absentent et se prolongent», «Enregistrement sonore pour un film non réalisé» (Paris, Music Monde, collection Delta, Production Raymond Jouve, 1958, tiré à deux exemplaires).

Logique étonnante de répétition qui prend particulièrement place dans les albums de carte postale, dont OEDIPE SPHINX ou COMMENT PLACER SUR UNE ORBITE SANS CIEUX, où un même texte est répété avant et après une période de creux au milieu de l’album.